… ajouter comme ami
THE SOCIAL NETWORKRéalisé par David Fincher Avec Jesse Eisenberg, Justin Timberlake, Andrew Garfield Long-métrage américain . Genre : Drame Durée : 02h00min Année de production : 2010
“Comment ça, tu n’es pas sur Facebook?” Non. “Mais t’as pas d’amis?” Si.
Qui aujourd’hui n’est pas, ose ne pas être sur Facebook? Le réseau social mondial le plus développé, le plus addictif a envahi la sphère privée de 500 millions d’utilisateurs dans le monde en à peine 6 ans depuis sa création en 2004. Amis, parents, célébrités, politiciens, tout le monde est “connecté” à tout le monde. Pour rester en contact, pour tromper sa solitude…En permanence.
Dans “The Social Network”, son nouveau film, David Fincher se penche après “The curious case of Benjamin Button” & “Zodiac” sur un autre anti-héros à la solitude inexorable: Mark Zuckerberg, étudiant à Harvard grâce à qui (ou à cause de, c’est selon les opinions) le monde entier est devenu un petit village virtuel. Le jeune Mark est un “geek” se voyant refuser l’entrée aux fameuses “fraternities” (communautés étudiantes typiques des universités américaines) et vraiment coincé avec les filles. Une rupture amoureuse & quelques bières plus tard, Mark crée accidentellement l’embryon de Facebook. Entre ce moment-là et 2010, trahison(s) , argent (beaucoup, beaucoup d’argent), procès jalonneront le chemin de ce surdoué en informatique à la vision du monde controversée et aux scrupules plus ou moins douteuses.
Le plus fascinant dans le film de Fincher est moins le portrait de Zuckerberg que le portrait d’une nouvelle génération dans un monde en perpétuelle métamorphose, métamorphose dont elle n’a cesse de modeler furieusement les aspects délétères selon son envie. Autour de Mark gravite une jeunesse d’une grande vacuité et de plus en plus sous pression: celle de réussir et surtout de faire partie d’une communauté. A croire que l’identité individuelle n’a plus d’importance, ce qui compte c’est d’être “reconnu”, assimilé, étiqueté. L’appartenance à un groupe pour mieux ou complètement se définir et “vivre”, la communauté seul portail de reconnaissance sociale… Un autre rêve américain bâti sur des traditions ancrées dans la culture collective américaine et véritable passage obligé pour tous ces étudiants. Le meilleur ami de Mark, Eduardo Saverin tente d’entrer dans une “fraternity”, son admission semblant presque plus importante que ses études. Même Mark, d’emblée dépeint comme un étudiant détaché de ces considérations, n’arrive pas à complètement cacher sa jalousie face à l’enthousiasme d’Eduardo une fois admis. Et c’est précisément ce désir d’appartenance, devenu besoin, qui sera à l’origine du plus grand cercle d’”amis” sur le web. Une idée de génie, véhiculant des “valeurs” de partage de vie privée et d’amitié mais dont les créateurs ne s’encombrent pas vraiment dans leur course au pouvoir et à l’argent (Facebook est aujourd’hui coté à 20 milliards de dollars) … un autre aspect de la tradition américaine?
David Fincher filme tout ce monde comme un puzzle socio-juridique mêlant habilement flashbacks et différents points de vue. Ironique, il montre ces surdoués à la recherche de reconnaissance et d’amitiés, de plus en plus isolés et solitaires au fur et à mesure que Facebook rapproche virtuellement le monde. Après la frustration sociale à l’origine de cette mutation informatique mondiale, paranoïa et déloyauté finissent par contaminer ces jeunes geeks, ni idéalistes, ni philanthropes. Le cinéaste réussit un film contemporain sur la jeunesse américaine de plus en plus victime de ses codes, aux valeurs troubles et de plus en plus…déconnectée.
“Alors, toujours pas sur Facebook?” Bah non. “On reste amis quand même?”
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- Publié:
- 17 octobre 2010 / 19:17
- Catégorie:
- Cinéma
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