…d’amour et de miel

Le cinéma ou expérience sensorielle totale. A l’heure où la révolution numérique 3D est en marche, 2 films viennent prouver le pouvoir ensorcelant du cinéma désormais dit “traditionnel”. Si les 2 films n’ont rien à voir l’un avec l’autre, chacun offre, à sa manière, un spectacle d’une beauté enivrante qui convoque à la fois tous les sens.

Dans “IO SONO L’AMORE” de Luca Guadagnino, Tilda Swinton est Emma Recchi, une bourgeoise milanaise d’origine russe qui tombe amoureuse du meilleur ami de son fils aîné. A partir de cette mince intrigue, Guadagnino filme une passion adultère, presque classique, à travers le prisme des 5 sens de sa figure principale. Emma Recchi est une sorte de Belle au Bois Dormant, endormie et anesthésiée dans une grande villa aux marbres gris avec une famille grise, jusqu’au jour ou elle rencontre Antonio, cuisinier de son état. Et une folle passion de la réveiller, petit à petit, s’emparant de tout son être. Cet amour réveille tous ses sens et avec elle, le spectateur découvre à l’écran une débauche sensorielle éblouissante. Entrecroisant à la fois les ressentis gustatifs, tactiles et visuels d’Emma, Luca Guadagnino invite le spectateur à s’enivrer d’images somptueuses et sensuelles. Lumière, cadrages, musique, tout participe à une immersion totale dans une passion folle. Tilda Swinton, elle, est de tous les plans… éblouissante de justesse et de cette beauté qui lui est si particulière, elle sauve le film dès qu’il bascule dans les pires travers du film d’auteur, entre prétention et dérives esthétiques. Malgré ces défauts, il n’en reste que “Io sono l’Amore” demeure une expérience cinématographique ou l’abandon total est… de rigueur!

“MIEL” de Semih Kaplanoglu relate une tranche de vie, fugace et simple, banale peut-être mais forcément émouvante. Yusuf a 6 ans et vit dans un village dans les montagnes de l’Anatolie entre un père apiculteur et une mère au foyer. Il partage ses journées entre son école et les forêts environnantes ou il aide son père à récolter du miel. En admiration totale de ce père aimant et à l’aise en pleine nature, Yusuf perd rapidement ses moyens et par extension un peu la parole, dès qu’il se retrouve en compagnie d’autres adultes. C’est un enfant secret, un peu fantasque qui vit sur son petit nuage paisible. Kaplanoglu filme ce petit monde avec une infinie délicatesse et avec beaucoup de pudeur; sa mise en scène épurée et dépouillée de toute musique, de dialogues superflus, donne au spectateur l’occasion de ressentir une nature vierge et à l’état pur, entre bruissements de feuilles, échos de vent, bruits de gouttes de pluie…  Une paix inouïe se dégage malgré le drame qui se profile petit à petit; chaque infime bruit animalier,chaque rayon de soleil filtrant entre les denses feuillages plonge le spectateur dans un apaisement serein. Une grâce envoûtante parcourt ce film limpide et élégiaque; on est happé par l’émotion simple et cristalline qui se dégage de cette histoire contemplative. “Miel” est une balade mélancolique, loin de toute esthétique bucolique, mais au plus près d’une expérience sensorielle inédite ou le simple son son d’une source qui coule ou le reflet de la lune dans un seau d’eau finissent par apaiser et émerveiller.


“IO SONO L’AMORE” Réalisé par Luca Guadagnino
Avec Tilda Swinton, Pippo Delbono, Marisa Berenson
Long-métrage italien. Genre: Drame
Durée 1h58 min Année de production : 2009

“MIEL” Réalisé par Semih Kaplanoglu
Avec Bora Atlas, Tulin Ozen
Long-métrage turc. Genre: Drame
Durée 1h43 min Année de production : 2010



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