…ceci n’est pas un rêve

“INCEPTION”
Réalisé par Christopher Nolan  Avec Leonardo Di Caprio, Marion Cotillard, Joseph Gordon-Levitt
Long-métrage américain. Genre : Thriller, Science-fiction
Durée : 02h28min  Année de production : 2010

Au début, Christopher Nolan a eu une idée. Diaboliquement simple. Et cette idée, nourrie, enrichie et travaillée pendant une dizaine d’années a abouti à un film d’idées, complexe et labyrinthique : “Inception”… Ou comment faire d’un concept retors et fascinant un film grand public accessible et haletant.

“Inception” veut dire “commencement” ou “origine”. Au début, Leonardo Di Caprio explique ce concept de l’idée, humaine, qui germe et grandit, se propage, contamine l’esprit et finit par obséder, voire même caractériser une personne. Son personnage Dom Cobb est un voleur d’idées, un espion industriel d’un genre nouveau, capable de naviguer dans les rêves, le subconscient des autres, pour en “extraire” une information confidentielle. Il rapplique pour une dernière mission pour un riche industriel Japonais, malgré l’idée qui l’obsède et qui ne cesse de ronger son subconscient (et par conséquent saboter la mission): Mal, son épouse décédée.

La première qualité d’”Inception” est son originalité. La production Hollywoodienne grand public actuelle n’étant plus que gros blockbusters musclés et creux ou énièmes suites au goût de réchauffé et sans inspiration, le film de Nolan fait figure d’un agréable, et surtout nécessaire, retour à une valeur fondamentale du cinéma: surprendre son public. Son scénario part d’un vieux cliché cinématographique : la dernière mission presque impossible d’un mercenaire qui veut tout abandonner pour retrouver une vie normale. Les autres ingrédients qui gravitent autour de l’anti-héros sont comme à l’accoutumée, la femme fatale et mystérieuse, la bande hétérogène de voleurs-acolytes fidèles.

Mieux vaut partir d’un cliché plutôt que d’y arriver! Et Nolan, en virtuose de puzzles scénaristiques, enveloppe le cliché de faux-semblants, de fausses pistes logées entre rêve et réalité, le retourne dans tous les sens pour créer une nouvelle histoire riche en émotion autant qu’en action et qui se dévoile au fur et à mesure tel un malicieux jeu de poupées russes. Le thème du subconscient lui  permet aussi de mettre en abyme autant les espaces (magnifiques jeux de miroirs dans Paris) que le temps (les distorsions temporelles de la scène haletante d’un van qui tombe à l’eau). Son audace est aussi de réussir à mélanger les genres avec une aisance étonnante: film noir, d’action, romance… aucun genre ne cannibalise l’autre mais tous fusionnent harmonieusement.

Par moments, sa caméra fluide et précise flirte avec des longueurs qui ne semblent nécessaires que pour remplir le cahier des charges des producteurs: certaines scènes d’action, spectaculaires néanmoins, pouvaient aisément être raccourcies. Sa précision d’ailleurs, le dessert parfois un peu; dans un film où onirisme et fantasme sont la matière même du film, l’aspect très architecturé (dans le fond comme dans la forme) de l’ensemble fait parfois regretter de ne pas sentir un peu plus de folie incontrôlable. En cela, le seul élément imprévisible et réellement déroutant est le personnage de Marion Cotillard, magnifique de justesse: idéalement prénommée Mal, elle sème un malaise diffus et vénéneux qui est plus que bienvenu dans ce rêve.

Il n’en reste qu’ “Inception” , film d’auteur inspiré et déguisé en blockbuster, est un excellent remède à la médiocrité banalisée des productions américaines. Tentant une approche plus conventionnelle que son chef d’oeuvre “Mémento”, mais moins noire que son précédent opus “Batman: The Dark Knight”, Christopher Nolan a réussi un dédale de rêves dont, à l’image du plan final, on n’a pas envie de se réveiller…


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