…où sont les femmes?

Tour d’horizon de plusieurs films à l’affiche ces quelques semaines à l’univers presque exclusivement féminin. Un petit voyage aux 4 coins du monde (et parfois plusieurs siècles dans le passé), où l’on découvre une condition féminine oscillant entre émancipation, liberté, pauvreté, souffrance, soumission ou résignation.

Elles sont en Egypte: Et plus précisément au Caire dans “Femmes du Caire” de Yousry Nasrallah. Une journaliste TV ambitieuse et “occidentalisée” découvre la triste réalité de ses compatriotes. En racontant des histoires vraies de femmes, tous milieux sociaux confondus, dans son talk-show, elle révèle peu à peu la difficile condition de la majorité des Egyptiennes pour qui la liberté ne se traduit même plus par indépendance financière mais de manière plus tristement pragmatique : la “protection” masculine. A la manière d’un conte en triptyque raconté par Shérazade (titre original du film), Nasrallah tisse ces histoires avec suspense, rebondissements & émotion(s). Sa réalisation reste fluide de bout en bout & à la surprise du spectateur, révélatrice d’une grande sensualité, magnifiée à l’écran par des actrices toutes d’une grande justesse. Politique et engagé, son film l’est rien que parce qu’il dévoile les faux-semblants d’émancipation qui régissent encore la société Egyptienne contemporaine.

Aux Philippines: Brillante Mendoza, amateur de films controversés généralement présentés à Cannes, revient avec “Lola”, chronique on ne peut plus touchante de 2 grand-mères (ou “Lola”s en philippin) à Manille. L’une pleure son petit-fils, tué par celui de l’autre. Dans une Manille en proie à des pluies torrentielles, chacune se bat pour réunir l’argent nécessaire: un enterrement digne pour le petit-fils mort & une caution judiciaire pour le petit-fils emprisonné. La caméra les suit au plus près de leur rythme, anxieux et fébrile: dans leurs déplacements dans les méandres de Manille, leur quête auprès de parents & amis afin de réunir les sommes nécessaires, dans leur quotidien fait de petites joies et de grandes peines. Mendoza ne cherche jamais à occulter la pénibilité de leur entreprise ni l’extrême pauvreté et désespoir qui les entourent. On ressort de ce film à la lisière du documentaire, ému et attendri par ces deux “Lolas” fragiles mais tellement dignes face à la précarité et l’adversité.

Et au 16ème siècle, en Hongrie, c’était comment pour elles? Julie Delpy dévoile enfin son projet long en gestation “La Comtesse”. La comtesse est Erzebeth Bathory, née en 1560 en Hongrie et laissant après sa mort  une réputation, voire légende, de femme extrêmement sanguinaire et meurtrière à tel point qu’elle fut surnommée La Comtesse Dracula. Delpy se penche sur cette légende et essaie de lever le voile sur l’histoire de cette femme noble et, chose rare, financièrement indépendante à la mort de son mari. Elle adopte un point de vue résolument féministe et féminin en dépeignant une femme de caractère dans la Hongrie du 16ème siècle, libre et cultivée, une équation destinée à attirer envies et jalousies de ses contemporains. Entre complots et trahisons, Bathory, aveuglée par sa peur de vieillir et son amour pour un jeune homme de 20 ans son cadet, sombre peu à peu dans une folie meurtrière au grand bonheur de ses ennemis. On aurait vraiment aimé que Delpy ait plus de moyens pour raconter cette histoire fascinante. Cela se ressent dans les décors, les costumes et même certains choix de casting. Par moments, elle réussit des passages mêlant folie et grotesque avec maestria, mais son scénario souffre souvent d’un manque de souffle et cantonne ses acteurs à réciter plus qu’à incarner de vrais personnages. Julie Delpy réussit néanmoins à faire d’une figure mythique, un portrait de femme pour le moins intrigant: pas mal quand on a zéro budget!


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