…ceci est Alice au Pays des Merveilles Numériques

“Alice in Wonderland” Réalisé par Tim Burton Avec Johnny Depp, Mia Wasikowska, Helena Bonham-Carter Long-métrage américain. Genre : Fantastique Durée : 01h49min Année de production : 2009
Ce devait être une équation mathématique simple, infaillible: Tim Burton + Alice au pays des merveilles / Lewis Caroll = chef d’œuvre. Le réalisateur le plus étrange et décalé de Hollywood à la rencontre de l’univers le plus absurde et fantaisiste de la littérature enfantine: une promesse qui faisait rêver plus d’un cinéphile.
Alors pourquoi cette déception? Pourquoi un film lisse, sans relief, … aseptisé?
Tim Burton est devenu au fil des années l’exception à la règle à Hollywood: sa graine de folie douce(-amère) a déteint sur la plupart de ses films. De “Beetlejuice” à “Sleepy Hollow”, son univers onirique, teinté d’angoisse(s) et de cauchemar(s), gothique et dérangé a trouvé un public beaucoup plus large que prévu, à la grande surprise des studios américains. Il a transformé un des symboles des héros US, Batman, en justicier torturé et mélancolique, ruiné Noël (L’étrange Noël de Mr Jack), tué des Américains (Mars Attacks!) : un sacré exploit dans l’Amérique puritaine!
Dans “Alice …” on retrouve parfois un peu de la magie passée: les habitants du pays des Merveilles sont littéralement tordus: La Reine Rouge a la tête disproportionnée, son valet, un corps étiré, les yeux de Johnny Depp en Chapelier Fou, agrandis et par conséquent …plus déments. Un beau travail a été effectué grâce à une technologie de pointe pour exacerber l’étrangeté du monde dans lequel échoue Alice. Certains décors rappellent les cauchemars “Burtoniens” passés par leurs éléments biscornus et effrayants. Mais on sent que le réalisateur se plie souvent aux exigences de Disney, qui produit le film: du spectacle, du spectacle et encore plus de spectacle. Ainsi, le récit initiatique de cette jeune Alice face à son destin et à son identité de jeune femme (idée intéressante que d’enrichir le personnage mythique des livres de Lewis Caroll) sombre peu à peu dans la surenchère visuelle: monstres numériques impressionnants, décors toujours plus grandiloquents… jusqu’au final presque calqué sur certaines scènes du “Seigneur des Anneaux”.
Le scénario gomme bien entendu tout élément subversif au détriment d’une trame plus sage et policée: exit toute fantaisie suspecte et absurdités en tous genres. Les acteurs, par contre s’adonnent complètement à la folie ensevelie de leurs personnages respectifs: Helena Bonham-Carter est délicieuse en Reine Rouge despote, Johnny Depp ne surprend presque plus tellement il est devenu un habitué des délires de Burton et Anne Hathaway est une réelle surprise comique en Reine Blanche maniérée et un peu nunuche.
Cette nouvelle Alice avait vraiment tout pour elle… mais entre un cahier des charges de production lourd de règles et un réalisateur un peu bridé dans ses élans créatifs, elle finit par s’éloigner du voyage auquel la prédestinait son auteur originel: la liberté à travers l’imagination, le rêve et la fantaisie…
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- Publié:
- 31 mars 2010 / 08:12
- Catégorie:
- Cinéma